Alors que l’ensemble des medias français et une bonne partie de la presse européenne se penchaient sur l’élection présidentielle française à l’extrémité du continent européen plus précisément en Arménie se déroulait des élections législatives pour le renouvellement du Parlement arménien composé de 131 sièges. Quels sont les enjeux, les acteurs et enfin les résultats de ces cinquièmes élections législatives de la République Arménienne ?
Tout d’abord un bref rappel de la composition du parlement sortant élu en 2003 permet de comprendre les enjeux principaux et l’échiquier politique arménien.
En effet aucun parti ne détenait la majorité des sièges et cela avait donné naissance à une coalition gouvernementale pro-Kotcharian axé autour du Parti Républicain d’Arménie (HHK) un parti conservateur crée en 1991, et un des plus vieux parti politique arménien de tendance socialiste et nationaliste la Fédération Révolutionnaire Arménien «F.R.A» (HHD).
Une grande parti des élus était sans étiquettes et l’opposition avait également crée une coalition enfin de contrer l’action gouvernementale. Néanmoins la grande majorité des parlementaires sans étiquette ont adhérer au fil de l’eau au HHK qui est devenu l’un des grands favoris des élections de 2007.L’opposition anti-gouvernementale n’a pas réussi à s’organiser autour d’un leader et d’un courant idéologique et s’est érodé au cours du temps.
Le principale enjeu des élections était de faire sortir des urnes une majorité parlementaire compacte et stable pour poursuivre les reformes économiques, sociales et politiques initiés sous les deux mandats du président Kotcharian. Sans oublier de répondre aux pressions de la communauté internationale qui a insister que ces élections devaient être démocratique et libre, à défaut elles provoqueraient la suspension de l’aide financière et sous entendu une révolution de « couleur » comme en Ukraine ou en Géorgie pourrait voir le jour dans les rues de Erevan.
Quelques jours avant le vote, Washington avait menacé de bloquer une aide promise de 175 millions d’euros si ces élections étaient truquées. Un vice secrétaire d’Etat américain, Daniel Fried avait clairement mis en garde les autorités d’Erevan : « Nous ne nous attendons pas a un scrutin parfait, mais nous voulons voir de réels progrès ». C’est dans cette perspective que 300 observateurs de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) devaient suivre le déroulement du scrutin
Durant la campagne législative les différents leaders de l’opposition ont insisté sur les dérives anti-démocratiques du gouvernement, la corruption et le risque de fraudes massives à prévoir lors du scrutin. Le HHK a fait campagne sur les résultats économiques et à présenter un programme pour la poursuite des reformes et a insister via Raffi Petrossian, le président de la commission des lois du parlement que son parti, le HHK est suffisamment populaire pour obtenir la majorité, et donc il n’aura pas besoin de truquer les élections (sic).
En revanche, les petits partis d’opposition qui manquent de soutien populaire, pourraient être tentés d’y avoir recours.
L’élection constitue aussi une forme de répétition générale avant la présidentielle de 2008 où le successeur de M. Kotcharian qui effectue son deuxième et dernier mandat sera élu.
Il semble que les deux partis HHK et BHK répètent leurs rôles à venir dans l’élection présidentielle de 2008.
Leader du HHK, le Premier Ministre Serge Sarkissian qui a succédé début avril à Andranik Markarian mort d’un infarctus, est pressenti pour accéder à la présidence de l’Etat arménien
Longtemps sans étiquette ce « Kharabaghtsi » de 53 ans ancien vétéran de la guerre du Haut Karabakh et homme fort du pays il fut investi président du HHK et ne cacha pas son intention de briguer la présidence de la République.
Compagnon de route de Kotcharian depuis le début de la lutte pour l’indépendance de l’Arménie et du Haut-Karabagh, ils se sont soutenu mutuellement et ont permis de mettre en place un régime présidentiel stable en étant « l’éminence grise qui dirige le gouvernement dans les coulisses », selon Edvard Antinian.
Les autres acteurs de cette campagne législative sont divers avec des leaders charismatique mais dont les partis souffre de crédibilité au près de la population et cela concerne plus particulièrement l’opposition. Si les sondages montraient un électorat avide de reformes radicales, ils prédisaient aussi une victoire des partis pro-gouvernementaux.
Ainsi derrière le HHK grand favoris, l’« Arménie prospère » (BHK) de Gaguik Tsaroukian, un parti récent de tendance populiste fondé par son leader milliardaire ex-champion d’Europe de bras de fer, président du conglomérat Multi Group qui est présent dans une quarantaine de secteur : station-service, ciment, médicaments…, il est à noter que de fort soupçon de blanchissement et de détournement d’argent pèse sur sa fortune colossale.
Les leaders des deux partis se taillent la part du lion aux journaux télévisés ; ils ne se critiquent pas l’un l’autre, mais les observateurs discernent des tensions sous-jacentes.
Leurs deux programmes sont similaires. Le leader parlementaire du Parti Républicain Galust Sahakian a déclaré qu’il était possible que les deux partis collaborent dans la future assemblée. La rivalité entre les deux partis est cachée, elle alimente rumeurs et spéculations.
Les communiqués ont demandé de part et d’autre l’un que la campagne soit « civilisée » l’autre qu’on renonce aux provocations. Le commentateur Vahan Vardanian pense qu’en dépit d’un vraisemblable accord au sommet, il n’y pas de consensus chez les « seconds couteaux » sur le partage des rôles après les élections.
Suren Sureniants, pense que les deux partis servent les intérêts du clan de Sarkissian pour le HHK et le BHK sert les intérêts des oligarques réunis autour de Robert Kotcharian.
Le troisième parti de la coalition gouvernemental est la F.R .A (HHD) dirigé par Hrant Markarian, qui a fait campagne en se présentant comme un parti indépendant hors de la coalition gouvernementale alors que depuis 2003 elle soutient le président Kotcharian.
Dans l’opposition on trouve le parti « Etat de droit » (OE) avec Arthur Baghdassarian ancien président du Parlement qui depuis sa démission s’est engagé dans l’opposition de façon virulente dans sa critique du gouvernement, son parti et de tendance centriste. Il se présente comme un homme nouveau, intègre et proche des occidentaux. Au cours de la campagne il s’est fait piéger dans une conversation qui aurait eu lieu dans un restaurant d’Erevan entre Baghdassarian et un diplomate anglais. Le président Kotcharian a traité Baghdassarian de traître. « C’est difficile d’imaginer qu’un ancien président du Parlement puisse tomber si bas » a-t-il dit. « Qui a trahi un jour est capable de trahir à nouveau». Baghdassarian parle de « provocation » en vue de le discréditer avant l’élection présidentielle.
Le parti libéral « Héritage » avec Raffi Hovannessian issu de la diaspora, ex ministre des affaires-étrangères. Très opposé au clan Kotcharian et sa main mise sur les institutions arménienne, il propose une refonte de la société arménienne en éradiquant la corruption et le clientélisme. Le partie conservateur « Unité Nationale » d’Artaches Geghamyan, ancien président du Parlement. Le « Parti Travailliste Uni » (MAK) de Gurgen Arsenian de tendance sociale-démocrate. Le « Parti du Peuple » de tendance socialiste de Stepan Demirchian et Aram Sarksian de « République» parti conservateur opposé au gouvernement.
Le président Kotcharian après avoir mis son bulletin dans l’urne a déclaré « J’ai voté pour le futur de l’Arménie et la continuation des reformes dans les domaines économiques sociales et autres ». Il adressa également un message à l’opposition « J’espère qu’une réelle opposition sera présente au Parlement, pas une opposition qui représente les intérêts d’Etat étrangers ».
| Parti
| Votes
| %
| Sièges
| +/-
|
| Parti Républicain d’Arménie (HHK) | 457.032 | 32,82 | 64 | +33 |
| Arménie Prospère (BHK) | 204.443 | 14,68 | 24 | +24 |
| Fédération Révolutionnaire Arménien (HHD) | 177.192 | 12.72 | 16 | +5 |
| Etat de Droit (OE) | 95.256 | 6.84 | 9 | –10 |
| Héritage | 80.890 | 5.81 | 6 | +6 |
| Parti Travailliste Uni (MAK) | 59.307 | 4.26 | — | –6 |
| Unité National (AM) | 49.863 | 3.58 | — | –9 |
| Les Temps Nouveaux | 47.018 | 3.38 | — | 0 |
| Autres | 204.732 | 15.91 | 12 | –43 |
| Total (Participation 59.35%) | 1.375.733 | 100.0 | 131 | — |