La publication le 10 juillet 2009 des principes de Madrid proposé par le groupe de Minsk (Etats-Unis, France et Russie) de l’OSCE pour la résolution du conflit du Haut Karabakh a suscités beaucoup de réactions de la part de tous les acteurs de ce conflit. En voici les grandes lignes :
Nul doute que ces principes ne répondent pas totalement au souhait pour le côté arménien et au statut quo actuelle. En effet deux points important posent problème et s’avèrent être dangereux.
Le premier point est celui du statut intérimaire du Haut Karabakh. Le côté arménien demande que le statut actuel qui est celui d’indépendance de « facto » puisse être maintenu et respecter par Bakou jusqu'au futur referendum. Une définition plus distincte du concept « statut intérimaire » est nécessaire ainsi que la concrétisation sur les dates et le format du référendum.
Le deuxième point est celui du retour sous le contrôle azéri des territoires adjacent le Haut Karabakh. Erevan et Stepanakert souhaite garder sous leur contrôle les districts de Kelbadjar et de Lachin jusqu’au referendum. L’opinion publique arménienne n’est nullement favorable à la rétrocession de ces territoires qui garantissent la sécurité du Haut Karabakh et même de l’Arménie. Mais il semble bien que les autorités arméniennes sont prêtes à concéder et à négocier sur certain district (en particulier celui d’Agdam, de Fizouli et de Djebrayil).
La publication de ces principes est à placer également dans le contexte des relations arméno-turc. En effet la signature d’un accord cadre pourrait justifier pour Ankara l’ouverture de la frontière arménienne en octobre 2009. En effet Ankara cherche une justification tangible auprès de son opinion et de Bakou pour continuer sont rapprochement avec Erevan. Il est indéniable que les deux processus sont liés et évolue de façon parallèle.
C’est dans l’objectif de faire accepter un accord cadre par Erevan et Bakou que les médiateurs du groupe de Minsk ont été mise à jour les principes de Madrid à Cracovie (Pologne) fin juillet et qu’une nouvelle rencontre Sarkissian - Aliev aura lieu début octobre à Chisinau (Moldavie).
Néanmoins, ni Aliev mais surtout ni Sarkissian ne sont soutenu sur l’échiquier politique intérieur et par leur opinion public pour la signature d’un tel accord et cela est à placer dans une dernière variante de cette équation. Cette dernière variante est celui d’aucune signature d’accord cadre et le maintien du statut quo.
La situation actuelle ressemble à une période de pessimisme de la part des médiateurs, d’où peut être le changement des médiateurs russe (Yuri Merzlyakov) et américain (Matthew Bryza). Néanmoins, les principes de Madrid mettent en avant le principe de l’autodétermination par rapport à celui de l’intégrité territoriale qui n’est nullement cité.
La futur nomination de Matthew Bryza en tant que ambassadeur américain en Azerbaïdjan est peut être d’augure à convaincre Bakou à des concessions sur le principe de l’intégrité territoriale mais surtout à renforcer les liens stratégique entre Washington, et Bakou pour pas que les autorités azéris se tournent plus vers le Kremlin.
Dans cette situation, Bakou continuera à chercher à obtenir de la part des pays « décideur » le feu vert pour déclencher une blitzkrieg (guerre éclaire) avant la mise place du projet Nabucco et ainsi contraindre Erevan à plus de souplesse.
Ce scénario sèmerait un véritable chaos dans la région car la victoire de Bakou n’est nullement assurée sur le plan militaire.
Il devient évidant qu’ Erevan est sous pression afin d’obliger ses autorités à faire des concessions. Et dans ce contexte il est indispensable que les autorités du Haut Karabakh intègrent les négociations pour trois raisons majeures. La première est celle que seul Stepanakert peut signer un accord qui la concerne et décider de l’avenir de sa population. La deuxième est celui d’alléger les pressions internationales sur Erevan qui prendrait le rôle de « protecteur » au lieu de « décideur » qui incomberait à Stepanakert. Et enfin la dernière raison, celle de faire perdurer les négociations afin que l’indépendance de « facto » devienne de « jure ». Nul doute que le statut quo actuel permet de maintenir l’équilibre des forces, car « la paix à n'importe quel prix, ce n'est plus la paix » (Eve Curie).
Alen Ter Markossian