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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 09:43

Depuis la signature des protocoles arméno-turcs le 14 octobre 2009 à Zurich, un certain vent de panique souffle auprès des autorités azerbaïdjanaises. Outre les discours rassurants d’Ankara sur le concept « une nation, deux Etats », certaines voix s’élèvent parmi les experts internationaux, qui nuancent la capacité de l'Azerbaïdjan à influencer la politique étrangère turque, en particulier à travers ses ressources énergétiques.

 

En effet, il semble que Bakou ait épuisé son potentiel de diktat lié à ses réserves d’hydrocarbures. Car il y a bien longtemps qu’il n'a ni les ressources nécessaires, ni les moyens de diversifier les itinéraires d’évacuer le brut, ni le poids politique pour torpiller la vision stratégique de la Turquie de devenir le principal point de transit pour les hydrocarbures en direction de  l'Europe.

 

Ainsi, l’itinéraire de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) ou le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzeroum (BTE) pour le transit des ressources de la Caspienne ne peut en aucun cas être changé. De plus, les réserves azerbaïdjanaises ne sont pas suffisantes pour répondre aux ambitions de la Turquie et aux exigences de l'Europe. L'Azerbaïdjan est en mesure de fournir seulement 1/3 du volume du gaz nécessaire au gazoduc BTE, et cela peut à peine satisfaire à la consommation interne de la Turquie.

 

Stratégiquement, le gazoduc BTE a été conçu pour le gaz d'Asie Centrale, et non pas pour celui de l'Azerbaïdjan. En effet, il existe le projet du « Trans-Caspian Gas Pipeline » (TCGP), à savoir un pipeline sous-marin entre Türkmenbachy au Turkménistan, et Bakou. Selon certaines propositions, il comprendra également un lien avec le champ de Tengiz au Kazakhstan. L’objectif du projet de gazoduc Trans-Caspienne est le transport du gaz naturel en provenance du Kazakhstan et du Turkménistan vers l'Europe centrale, en contournant la Russie et l'Iran.

 

Concernant le projet Nabucco, qui est un gazoduc en provenance d'Erzurum donc lié au BTE,  et en direction de  Baumgarten an der Mars en Autriche, il a pour objectif la diversification des fournisseurs actuels de gaz et des itinéraires de livraison pour l'Europe. Le pipeline tente de réduire la dépendance européenne au fournisseur russe. Le projet est soutenu par plusieurs Etats de l'Union européenne et les Etats-Unis.

 

La capacité annuelle du gazoduc Nabucco est de 30 milliards de mètres cubes (m3), et, dans ce contexte, les efforts de l'Azerbaïdjan sont «une goutte d’eau dans l'océan ». Selon les estimations, dans les dix prochaines années, l'Azerbaïdjan sera capable de fournir seulement  5 milliards de m3 de gaz pour ce gazoduc, alors qu'au moins 15 milliards de m3 sont nécessaires pour qu'il puisse être mis en service. La principale source azérie pour Nabucco proviendra de la deuxième phase de l’exploitation champ gazier de Shah Deniz, dont la production devrait débuter en 2013.

 

Pour la mise en service de ce gazoduc, il est prévu également d’intégrer l’apport gazier de l’Egypte et le gaz irakien de la région du Kurdistan d'Irak. L'Iran a également proposé l'approvisionnement en gaz de Nabucco et cela a été soutenu par la Turquie, mais en raison des circonstances politiques actuelles, l'UE et les Etats-Unis sont réticents.

 

De plus, Ankara, a finalisé avec Téhéran un accord sur les détails de la participation de la Turquie dans le projet South Pars en Iran. South Pars est un site d'exploitation offshore de gaz naturel situé à la frontière de l'Iran et du Qatar dans le Golf Persique. Il est considéré comme l'un des plus importants au monde. Les ressources en gaz de South Pars pourraient  intégrer le projet Nabucco si les relations entre l’Iran et les Occidentaux s’améliorent.

 

Pour sa part, la Russie met tout en œuvre pour éviter qu’un pipeline ne soit établi à travers le fond de la mer Caspienne pour le TCGP. En effet, Moscou a proposé à Ankara de rejoindre le projet South Stream qui passera sous la mer Noire et ralliera la Bulgarie, via les eaux territoriales turques. Ce gazoduc peut également acheminer le gaz d'Asie Centrale à travers un gazoduc qui s'étendra le long de la côte nord de la mer Caspienne. De plus, le Projet South Stream réduit le nombre de pays de transit entre l'Asie Centrale et la Turquie à savoir seulement la Russie au lieu de l'Azerbaïdjan et de la Géorgie. Tbilissi, ayant complètement bouleversé ses relations avec Moscou, la Géorgie est devenu dépendante du gaz azéris, tandis que la Turquie a accordé son quota de gaz aux Géorgiens.

 

Trois semaines après la conclusion d'un accord, à Ankara, sur le futur gazoduc Nabucco, soutenu par l'Union européenne et par les Etats-Unis, Moscou riposte en se tournant à son tour vers la Turquie. Les efforts déployés par le Premier ministre russe, Vladimir Poutine et son homologue italien Silvio Berlusconi ont été couronnés de succès. La Turquie a rejoint le projet South Stream le 6 août 2009 concurrent direct du Nabucco. South Stream sera construit par le géant russe Gazprom et par la compagnie italienne ENI.

 

Concernant l’Azerbaïdjan, les 27 et 28 août derniers, des représentants de Gazprom ont visité l'Azerbaïdjan afin d'examiner les aspects techniques des livraisons de gaz azerbaïdjanais à la Russie. Aux termes d'un contrat signé entre GNKAR (Compagnie nationale azerbaïdjanaise de pétrole et de gaz) et Gazprom, ces livraisons doivent débuter en janvier 2010.

 

Il découle de ces différents projets énergétiques les rôles majeurs de la Turquie, de la Russie et à terme de l’Iran. Donc, il faut nuancer le poids de  Bakou qui n’est pas le seul acteur de ces projets et ne peut plus poser à terme d’ultimatum politique avec l’argument de ces ressources énergétiques. Certes, l’Azerbaïdjan garde une certaine marge de manœuvre pour pouvoir influencer  le déroulement de ces différents projets mais son rôle est de plus en plus secondaire.

 

Ainsi, le problème de la sécurité énergétique de l'Europe ne peut être résolus que par les efforts combinés de la Turquie et de la Russie, avec le potentiel énergétique de l'Iran si nécessaire. Dans ce contexte l’Azerbaïdjan devient plus un pays de transit qu’une source d’approvisionnement en énergie fossile. La confirmation de cette tendance tend minimiser la capacité de l'Azerbaïdjan à influencer la politique étrangère de son « grand frère ».

L’Arménie joue un rôle essentiel dans le triangle énergétique Turquie-Iran-Russie. Car au cours des dernières années, la Russie, lentement mais sûrement, a fait de l’Arménie une «place forte de l'énergie électrique». La centrale nucléaire de Metsamor construite pendant les années 1970 à environ 30 km d’Erevan, est équipée de deux réacteurs nucléaires. En raison de son grand intérêt économique pour le pays, elle doit rester en exploitation jusqu'en 2016.

De plus, le Parlement arménien a approuvé, le projet de construction d’un nouveau réacteur nucléaire pour la centrale de Metzamor. Les parlementaires ont voté la construction d’un réacteur de 1.200 mégawatts, dont le coût est estimé entre 4 et 5 milliards de dollars et dont la construction devrait être achevée d’ici à 2017.

 

L’Arménie se trouve a l’intersection de deux réseaux électriques (Nord-Sud post-soviétique et Est-Ouest nouvelle), cette situation géographique fait jouer à l’Arménie le rôle d’un transformateur électrique, d’une électricité exportable vers des pays à larges besoins: Iran, Turquie, et même la  Russie.

 

Aux termes de l'accord irano-arménien, Erevan livrera 3 kWh d'électricité pour chaque mètre cube de gaz naturel iranien. Le gazoduc reliant l'Iran à l'Arménie a été construit en deux étapes en 2005-2006. Selon les estimations approximatives, Erevan devrait exporter 3,3 milliards de kWh vers l'Iran, alors que sa production annuelle d'électricité s'et chiffrée à 6,114 milliards kWh en 2008.

 

La signature des protocoles arméno-turc ouvre la voie également à la mise en œuvre de l’accord d’approvisionnement d’électricité arménienne à la Turquie. Le volume initial des exportations d’électricité vers la Turquie devrait atteindre 1,5 milliards de kw/h par an.

 

Ainsi l’Arménie a  la volonté de devenir un fournisseur d'électricité de la Turquie et de l’Iran, en recevant ainsi un revenu d'exportation. Même si l'Arménie parvient à des projets d'accords avec l'Iran ou la Turquie, c'est au prix d’une co-signature aux côtés de la Russie. Outre l’énergie nucléaire de nombreux projets existent, y compris pour les énergies renouvelables : hydroélectricité puis, plus récemment, dans l’énergie  solaire et éolienne.

 

Il s'agit d'une diplomatie des petits pas où des relations bilatérales et parfois trilatérales se mettent en place en vue de constituer une épine dorsale électrique complémentaire de l’énergie fossile. Dans le rapport de forces établi au Caucase, les choix énergétiques des républiques d’Arménie, d’Azerbaïdjan et de Géorgie sont dépendants des grands pays voisins et les conflits gelés ou non ne doivent pas faire oublier les réalités de coopération, fussent-elles voilées ou empreintes de rivalité, avec la Russie, l'Iran et la Turquie.

 

Alen Ter-Markossian

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