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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 17:26

Alors que la ligne de front la situation  se tend, les discussions entre chefs d’Etat arménien, azéri et russe semblent enregistrer des progrès, notamment sur le principe d’une avancée négociée.

 

La réunion de Sotchi le 25 janvier 2010 entre le président russe et les présidents arménien et azerbaïdjanais a dégagé un accord verbal sur le préambule de la version révisée des principes de Madrid. La phase suivante étant que les deux parties doivent établir des formules et des idées concrètes à insérer dans les points du texte révisés sur lesquels il y a un désaccord.

 

Le fait que Aliev et Sarkissian ont maintenant conclu un accord sur le libellé du préambule de la nouvelle version des principes de Madrid est un petit pas en avant dans la mesure où ce préambule est certain de réaffirmer leur engagement commun en faveur d'un règlement pacifique dans le cadre du droit international. À cet égard, il constitue un recul pour le président Aliev habitué ces derniers mois à faire des  discours menaçant la reprise des hostilités afin de récupérer le Haut-Karabagh.

 

Elections azerbaïdjanaises

 

Néanmoins, pour Bakou, ce n’est pas le moment idéal pour faire preuve de bonne volonté dans ce dossier car les élections législatives azerbaïdjanaises sont prévus cet automne. Personne ne doute du résultat des urnes, à savoir par une majorité absolue pour le parti du Président « Yeni Azerbaycan ». Cependant, les autorités ne veulent pas prendre aucune mesure qui pourrait galvaniser l'opposition à la veille du scrutin.

 

Plus précisément, il est hautement improbable que les Principes de Madrid soient signés avant les élections, car ils risqueraient d'ouvrir la porte à la phase cruciale de négociations sur le détail des principes et la participation des représentants de la République du Haut-Karabagh. Ainsi, l'importance de l'accord des deux présidents sur le libellé du préambule aux principes de Madrid ne devrait pas être surestimé.

 

Il devient de plus en clair qu’il y a un accord tacite entre les trois pays membre du groupe de Minsk. En effet, les Etats-Unis et dans une moindre mesure la France sont chargés de faire avancer le processus de normalisation arméno - turques avec comme but ultime l’ouverture de la frontière entre l’Arménie et la Turquie. Pour sa part la Russie se consacre et intensifie les médiations sur le dossier du Haut-Karabagh.

 

Moscou pour le statu quo

 

Néanmoins, Moscou est pleinement satisfait de l'état actuel du dossier à savoir le contrôle arménien sur le Haut-Karabagh lié à la présence des bases militaires russes en Arménie. Cela est extrêmement important pour le Kremlin, qui craint de perdre cet avantage stratégique dans le Caucase du Sud. Mais, la Russie est également opposée à l'exclusion du Haut-Karabagh de l'Azerbaïdjan, car il peut gêner ses relations avec l'Azerbaïdjan. Dans le même temps, Moscou est parfaitement conscient que dans le scénario de la séparation de jure du Haut-Karabakh de l’Azerbaïdjan déstabiliserait la situation à Bakou, et Moscou en sera accusé. Par conséquent, pour le Kremlin le maintien du statut quo actuel est avantageux pour les intérêts russes dans la région.

 

Dans les principes de Madrid révisés, il est inclus le retrait progressif des troupes arméniennes des cinq territoires azerbaïdjanais limitrophes autour du Haut-Karabagh, avec des dispositions particulières pour les districts de Kelbadjar et de Latchine. Le retrait progressif serait suivi de la démilitarisation de ces territoires et le déploiement d'une force internationale de paix. Dans ce scénario, il n’est pas illogique de faire le lien entre cette feuille de route proposée par l’OSCE et l’intense activité diplomatique de l’Iran avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

 

Les craintes iraniennes

 

En effet, dans le cas d’un déploiement d'une force internationale de paix, ces forces seront limitrophes de l’Iran. Téhéran n’est pas prêt à laisser stationner pendant 5, 10 ou même 15 ans des troupes composés des pays membre essentiellement de l’OTAN ou l’OSCE. Téhéran voudrait gagner du poids en tant que médiateur entre Erevan et Bakou et comme Moscou, la République islamique a tout intérêt que le statut  quo actuel se maintienne.

 

Aujourd’hui la seule avancée qui peut être faite concernant le Haut-Karabakh, ce n’est pas  la  signature d’un accord cadre mais plus vraisemblablement un accord sur la mise en place d’une feuille de route après que les protocoles arméno-turc soient ratifiés et que la frontière soit ouverte. En effet, une fois le dossier des protocoles arméno-turc réglé la pression sur Erevan sera plus importante pour qu’il se retire de la zone de sécurité, il s'agit de la seule chose qui peut être réalisé à cet égard, car le retour du Haut-Karabakh dans le giron de Bakou est hors de question.

 

Néanmoins, même si la libération de ces régions environnantes du Haut-Karabagh paraît de plus en plus sans ambiguïté, il est très probable, qu’ils ne seront pas libérés facilement car cela représente un danger de déstabilisation interne pour le gouvernement arménien et azerbaïdjanais.

 

La situation des états indépendants non reconnus ou largement non reconnus au niveau international fait partie de la nouvelle donne géopolitique dans les relations internationales, qui n’a vu aucune solution définitive à ce jour même s’il existe une certaine dynamique internationale pour promouvoir l’autodétermination (Monténégro, Kosovo, Ossétie du Sud, Abkhazie et prochainement referendum au Sud-Soudan). Une tendance dont le Haut-Karabagh entend bien profiter à son tour. Et à laquelle ne contrevient pas le maintien le statu quo.

 

Alen Ter-Markossian

 

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