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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 17:01

La Turquie fut l’un des premiers états à reconnaître l’indépendance de la  République d'Arménie après l’effondrement l'Union soviétique en 1991. Toutefois, les relations bilatérales sont rapidement devenues prisonnières à cause de l’escalade du conflit du Haut-Karabagh. En avril 1993, avec la prise de la région de Kelbadjar par les forces arméniennes du Haut-Karabagh, la Turquie a fermé sa frontière avec l'Arménie en signe de protestation contre Erevan et de soutien à Bakou. Dix-sept ans plus tard, la frontière demeure toujours fermée.

 

Pour le gouvernement turc, le principal obstacle pour la normalisation des relations arméno-turque est le dommage que pourrait subir sa relation avec l'Azerbaïdjan. De longues négociations sur la résolution du conflit bloquent en partie sur la question du statut final du Haut-Karabagh. Depuis 2005, les pourparlers, dirigés par la médiation des trois co-présidents du Groupe de Minsk de l’OSCE portent sur un projet de document de base : « les principes de Madrid ». Ce document cherche à résoudre ce problème par la conciliation de deux principes juridiques celui de l’autodétermination (soutenu par Erevan et Stepanakert) et celui de l’intégrité territoriale (soutenu par Bakou). Alors que les pourparlers continuent, l'Azerbaïdjan exprime sa frustration avec le statu quo et menace de recourir à la force pour récupérer le Haut-Karabagh.

 

L’Azerbaïdjan essaye d’influer sur la Turquie via ses ressources énergétiques, car Bakou est l’un des fournisseurs les plus importants de gaz d’Ankara. De plus, la solidarité au niveau populaire entre les deux états turcophones est forte. Plusieurs mois avant la signature des protocoles en Octobre 2009, Erdogan a plusieurs reprises explicitement lié le processus de normalisation arméno-turc avec le conflit du Haut-Karabagh, et appelé Erevan à faire des concessions sur le sujet. Alors, pourquoi la Turquie s'engage-t-elle à normaliser sa relation avec Erevan, et à terme devoir ouvrir  sa frontière avec l'Arménie dans un document qui n'a jamais mentionné explicitement le conflit du Karabagh ?

 

Une partie de la réponse est que Ankara mettait des priorités différentes sur cette question. Il semble que les autorités turques espéraient voir des progrès sur le conflit du Karabagh dans les mois après la signature des protocoles à Zurich, en raison peut-être des assurances excessives des Etats-Unis et dans une moindre mesure de la Russie, et une impression trop optimiste de la façon dont les négociations de paix se déroulaient.

 

Lorsqu’en Décembre 2009, les négociations semblaient être dans l'impasse, la diplomatie turque s’est trouvée clouée, pour reprendre un terme échiquéen décrivant l’immobilisation totale ou partielle d'une pièce. Plus largement, les officiels turcs ont affiché une certaine naïveté sur l’issue du Karabagh car ils ont tiré leurs informations sur le conflit des seules sources azerbaïdjanaises. Ils ont sous-estimé la question fondamentale à savoir que le  Karabagh fait partie du « sanctuaire » national arménien. Ankara estimait qu’Erevan pourrait être persuadée de céder plusieurs des régions occupées autour du Karabagh en échange de la réouverture de la frontière arméno-turque.

 

Ces deux dernier mois le président arménien Serge Sarkissian a accordé plusieurs entretiens à des medias internationaux (Le Figaro, Euronews, Al Watan, Der Spiegel). L’analyse des ces différents entretiens montre qu’Erevan a précisé ses idées et a fait des propositions sur la résolution du conflit du Haut-Karabagh. Le chef d’Etat arménien a affirmé que céder le Haut-Karabakh à l’Azerbaïdjan était hors de question. De plus, en cas de reconnaissance de l’indépendance du Haut-Karabagh par Bakou, Erevan serait éventuellement prête à se retirer de certaines régions environnantes. Et enfin pour renforcer le statut quo et le cessez le feu il propose de signer un accord de non recours à la force. La réponse de Bakou fût qu’un tel accord ne sera possible que lorsque les forces armées arméniennes se seront retirées des territoires occupés.

 

Ni la Turquie ni l'Arménie n'ont ratifié les accords conclus en octobre 2009 pour rétablir les liens diplomatiques entre les deux pays et ouvrir la voie à une réconciliation. Le gouvernement arménien accuse la Turquie de traîner des pieds en exigeant d'abord le règlement du conflit du Haut-Karabakh.

C’est ainsi que, le 22 avril 2010, le président arménien à annoncer le gèle du processus de ratification de l'accord en précisant qu’Erevan n'abandonnait pas le processus de normalisation et que l’Arménie attendait  qu'il existe un environnement approprié en Turquie et qu'il y a un gouvernement à Ankara prêt à s'engager de nouveau dans le processus de normalisation.

Pour ça part l’Azerbaïdjan voit la question de la normalisation arméno-turque à travers ses propres grilles de lectures et ses peurs. Bakou craint que l'ouverture de la frontière arméno-turque lui supprime un levier envers l'Arménie et rendre cette dernière plus intransigeante. Ainsi à court terme Erevan pourraient chercher à consolider le statu quo.

 

Pourtant, la dynamique à plus long terme est presque certaine de travailler dans l'autre sens.

En effet, avec à  l'Ouest sa frontière ouverte, l'Arménie verras son état de siège s’effriter et elle pourra sortir de son isolement, néanmoins elle subira une pression internationale plus forte pour signer un accord au sujet du Karabagh. L’Azerbaïdjan serait également sous pression afin d’assouplir sa position agressive sur cette question et de s'aligner sur la position de la Turquie en cherchant à normaliser ses relations avec Erevan.

 

Le Groupe de Minsk pourrait mettre en place une planification pour le règlement post-conflit comme le déminage, la reconstruction, la relance économique, les mesures de sécurité et qui seront nécessaires afin de faire un travail pour la paix sur le terrain en instaurant un dialogue civil. L'Union européenne est bien placée pour jouer ce dernier rôle, comme dans les Balkans, mais jusqu'à présent elle a été plus ou moins écartée du processus de paix du Karabagh.

 

Alen Ter-Markossian

 

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