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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 17:32

Depuis la guerre russo-géorgienne d’août 2008, le Caucase du Sud est dans un climat de nervosité renforcé par plusieurs conflits gelés ou dormants qui sont susceptibles de se réveiller dont celui du Haut-Karabagh. De ce fait, le conflit du Haut-Karabagh connaît ces derniers mois des accrochages de plus en plus violents sur la ligne de cessez le feu. Bien que la crise ossète ait confirmé le fait que tout règlement militaire d’un conflit gelé est plus que risqué, Bakou multiplie ces déclarations va en t’en guerre et les provocations militaires sur le terrain.

 

En effet, outre les joutes verbales, on y tire à l’arme lourde en plus des tirs réguliers de snipers et incursion de commandos de sabotages. Plus de 200 violations du régime de cessez le feu ont été constatés en moins d’un mois et il y a des victimes dans les deux camps. L’ensemble de ces provocations a tout d’abord pour but  de tester les défenses arméniennes, maintenir un climat de conflit, saper le morale des soldats voire de créer la peur. Mais surtout ces provocations ont pour but de pousser le côté arménien à donner une réponse lourde enfin de trouver un prétexte pour la reprise des hostilités.

Cette situation s’est déjà  présenter dans l’histoire arménienne contemporaine. Ainsi, plusieurs semaines après la signature du traité de Sèvres en 1920, les gardes frontières arméniens sont impliqués dans des escarmouches contre les miliciens turcs du district d’Olti. Du point de vue turc, la pénétration de quelques troupes arméniennes dans le district a servi de prétexte officiel pour la nouvelle guerre turco-arménienne du 24 septembre – 2 décembre 1920 qui entraîna la chute de la premier République et la soviétisation de l’Arménie.

 

Ainsi, les provocations azerbaidjanaises sur la ligne de cessez le feu sont à placer dans un contexte plus diplomatique, celle de faire capoter le processus de négociations dans le cadre de l’OSCE. Les principes de Madrid proposés par le Groupe de Minsk, laissent présager en tout vraisemblance la mise en œuvre du détachement de jure du Haut-Karabagh de l’Azerbaïdjan via certainement un referendum d’autodétermination.

 

Face à cette situation de perte diplomatique et politique plus ou moins «programmée» qui entraînera la chute du clan Aliev du pouvoir, Bakou joue la carte de la provocation afin d’entraîner Erevan dans un conflit dont le sort est plus qu’incertain et surtout en vue de faire échouer les principes de Madrid.

 

La stratégie de sabotage des principes de Madrid amène également Bakou à juger généralement acceptable la nouvelle version des principes pour mettre Erevan dans situation difficile sur la scène internationale en lui faisant porter le chapeau de l’impasse des négociations en cas de refus de ces principes par l’Arménie. Il s'agit de la première fois depuis 1997 que Bakou a jugé que la proposition des médiateurs est acceptable, en insistant sur une large autonomie pour le Haut-Karabagh dans le cadre de l’Azerbaïdjan.

 

Maintenant, c'est au tour de l'Arménie et il sera difficile pour l'Arménie de dire un « Oui » à la version qui a pris la première forme à Cracovie en Juillet 2009, puis à Athènes à la fin de 2009, et ensuite à Sotchi le 25 Janvier 2010, parce que contrairement aux propositions de Madrid 2007, le droit du peuple du Haut-Karabagh à l'autodétermination y est très vague.

 

Aujourd’hui les médiateurs proposent que le Haut-Karabakh ait un statut provisoire en attendant un futur vote sur le statut final. Ces derniers mois, il y a eu un changement marqué dans les annonces faites par la partie arménienne et le discours de Serge Sarkissian à Londres au Chatham House, a été probablement conditionné par cette évolution. Le Président Sarkissian a donné l’impression à Londres, de vouloir dire « Non » à la proposition la plus récemment mise à jour par le Groupe de Minsk puisqu’il a expliqué pourquoi, ce que la communauté internationale voulait imposer était inacceptable pour l’Arménie et le Haut-Karabagh.

 

Il ne fait aucun doute que le Président Sarkissian a raison, s'il rejette la nouvelle proposition pour la résolution du conflit du Karabakh, que le président azerbaïdjanais a jugé acceptable, à Sotchi, en créant une situation extrêmement inconfortable pour le président arménien. En général, toute proposition où il n’est pas clairement mentionné le droit à l'autodétermination pour le peuple du Haut-Karabakh, en contrepartie d’une perspective de retrait des troupes arméniennes des districts avoisinants et la mise en place d’un lien terrestre entre le Haut-Karabagh et l’Arménie doit être rejeté.

 

De ce fait Bakou tente de piéger l’Arménie sur le terrain en multipliant les provocations militaires afin de redémarrer un conflit armé. Sur le plan diplomatique en acceptant « à quelques exceptions » les principes de Madrid révisés, l’Azerbaïdjan cherche à faire porter la responsabilité du blocage des négociations sur l’Arménie et ainsi accentuer les pressions internationales sur Erevan.

 

Alen Ter-Markossian

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