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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 08:37

Depuis plus d’un an les déclarations belliqueuses du président de l’Azerbaïdjan sur le règlement du conflit Haut-Karabagh se sont faites beaucoup plus agressives et, leurs faisant échos, les accrochages meurtriers sur le terrain se multiplient. Le chef d’Etat azéri le répète jusqu’à plus soif : l’Azerbaïdjan n’acceptera jamais l’indépendance du Haut-Karabakh, ni un quelconque processus qui aboutirait à son indépendance. La seule façon selon Aliev d’aboutir à la paix est le retrait des troupes arméniennes du Haut-Karabakh et des 7 régions environnantes pour restaurer l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan. Le statu quo du Haut-Karabakh ne peut s’expliquer que par l’équilibre des forces dans la région, mais aujourd’hui selon Aliev, l’Azerbaïdjan est beaucoup plus puissant militairement et économiquement que l’Arménie et de ce fait, Bakou disposerait des moyens de changer le statu quo.

Néanmoins, il est opportun de ce poser la question de savoir si l’Azerbaïdjan peut s’aventurer dans une nouvelle guerre.

Il est probable que les négociations du Haut-Karabakh ont atteint leurs limites, et qu’il n’existe pas de solution de compromis susceptible de répondre aux exigences des deux parties du conflit. Compte tenu de cette hypothèse, l’Azerbaïdjan se préparerait donc à des opérations militaires à grande échelle, et Aliev en faisant des déclarations belliqueuses voudrait démontrer à la communauté internationale la justesse du recours à la guerre pour obtenir la restauration de l’intégrité territoriale de son pays, et la préparation de l’Azerbaïdjan à cette éventualité. Néanmoins, ni la Russie, ni les États-Unis et l’Union européenne ne souhaitent, même de façon tacite, que l’Azerbaïdjan se lance dans une aventure guerrière.

Certains experts militaires estiment néanmoins que l’équilibre militaire dans la région a déjà basculé en faveur de l’Azerbaïdjan. Au cours des sept dernières années, ses dépenses militaires de ont augmenté de 13 fois. En 2010, elles ont atteint 2 milliards 150 millions. Ce chiffre dépasse le budget d’Etat de l’Arménie pour la même année qui selon les données officielles, ne s’élève qu’à 350 millions de $. D’autre part, le 8 juin 2010, le Parlement azerbaïdjanais a adopté une doctrine militaire, dans laquelle on peut lire que le problème du Haut- Karabagh est considéré comme le principal défi de l’Azerbaïdjan. La doctrine se compose de 7 sections et 75 chapitres. Le chapitre 50.3 déclare « des formations militaires devraient être mis à un niveau approprié pour augmenter la pression sur l’occupant..., et pour résoudre le problème en peu de temps et avec des pertes minimales, s ‘il est nécessaire de recourir à la force. »

La reprise des activités militaires est cependant loin d’être certaine pour le moment. Bien que l’Azerbaïdjan a récemment acheté une grande quantité de matériel militaire moderne pour son armée auprès de la Turquie, d’Israël et de la Russie, cela ne garantit en rien une victoire sur le terrain. Mais surtout, la Russie et l’Occident ne permettront pas une guerre qui comporterait le risque d’interrompre les flux de pétrole et de gaz. Toute reprise des hostilités aura comme conséquence une mise en danger les pétrodollars azéris et le résultat de la guerre étant incertain, cette éventualité pourrait se solder non seulement par la perte de milliards de dollars, mais également coûter son trône au dictateur azerbaïdjanais. La visite d’Etat de Dmitri Medvedev en Arménie a encore réduit la probabilité d’une reprise de la guerre avec l’accord arméno-russe qui a prolongé de 49 ans la présence russe à la base de Gyumri. D’autant que la base sera alimentée par des équipements militaires modernes et que sa mission s’est vue étendue la sécurité de l’Arménie en collaboration avec les forces armées arméniennes. L’accord ne stipule pas que les forces russes interféreront dans les opérations en cas d’agression de la République du Haut-Karabagh, mais le document permet à l’Arménie de concentrer ses forces principales dans l’Artsakh, ce qui fait que la victoire de l’Azerbaïdjan est encore moins probable.

L’Azerbaïdjan cherche également à favoriser les pressions étrangères sur l’Arménie pour aboutir à des concessions unilatérales de la part d’Erevan. Il travaille dans trois directions - américains, russes et européens. Etant donné le rôle de Bakou dans sa coopération avec les forces de la coalition en Afghanistan et en Irak, en particulier comme pays de transit pour le transport des troupes et des munitions, et en tant que source d’énergie fossile, l’Azerbaïdjan est un facteur important pour l’Europe, les États-Unis et la Russie. Bakou tente de tirer profit de cette situation pour améliorer ses positions dans le processus de négociation du Haut-Karabagh, d’autant que les forces géopolitiques mentionnées ci-dessus sont à la tête d’une mission de médiation pour la résolution du conflit.

C’est ainsi que les organisations internationales sont plus portées à écouter l’opinion de l’Azerbaïdjan. Notamment dans le registre des résolutions de l’ONU, du Conseil de l’Europe, l’OSCE, de la Conférence islamique qui ne sont pas favorables à l’Arménie. Ces résolutions ne sont pas contraignantes, mais chaque année il devient de plus en plus difficile à Erevan de présenter ses arguments à la communauté internationale. Avec ses déclarations explosives, Aliev cherche bien sûr à détourner l’attention de la population azérie de ses nombreux problèmes internes : une situation sociale déplorable dans une société très corrompue dirigée par le clan familial. Une tactique vieille comme le monde et qui devra resservir lors élections législatives prévues pour le mois de novembre 2010.


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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 08:36

Depuis  la fin du mois d’avril, le processus de règlement du conflit du Haut-Karabakh est devenu graduellement plus actif, après que le processus de normalisation arméno turque soit officiellement dans l’impasse.

 

La Secrétaire d'État des États-Unis Hillary Clinton est arrivée à Bakou au début du mois de juillet, avant son voyage à Erevan pour faire avancer la résolution du Haut Karabakh. L'Azerbaïdjan et l'Arménie se sont convenu sur les principes de base, mais « le diable » est dans les détails.

 

Les principes de base, qui sont énoncés par les médiateurs, ne présentent pas les détails. Ils sont tous simplement des principes sur lesquels l'Arménie et l'Azerbaïdjan doivent régler le conflit du Haut-Karabakh. L'essentiel de ces principes sont les suivants. L'Arménie est appelé à retirer ses troupes des 7 régions entourant le Haut-Karabakh. Un autre principe appelle la création d'un couloir terrestre entre l'Arménie et le Haut-Karabakh. Les réfugiés devraient être autorisés à retourner dans leurs lieux d'habitation d'origine. Le statut définitif du Haut-Karabakh sera décidé a travers un referendum.


L'Azerbaïdjan et l'Arménie se sont félicités de ces principes. Il semble que s'il y ait un plan de paix sur la table des négociations et que les parties du conflit ne devraient pas être loin en ce qui concerne la signature d’un plan de paix définitive. Pourtant, les négociations sont coincées, car les parties du conflit tentent de s'entendre sur la chronologie de ces événements.

 

La position de l'Azerbaïdjan, est que les 7 régions environnantes du Haut-Karabakh doivent être libéré dès le début de l’accord (5 ans après la signature en ce qui concerne Latchin et Kelbadjar). Ensuite, les communications seront rétablies. Les réfugiés devraient être autorisés à revenir. En attendant, le Haut-Karabakh conserve un statut spécial provisoire, puis à un moment non spécifié dans le temps il peut y avoir un référendum sur le statut final. Il y a quelques mois le président de l'Azerbaïdjan a déclaré sur la chaîne télévisée russe Vesti que le statut provisoire peut durer aussi longtemps que 100 ans. En outre, la Constitution actuelle de l'Azerbaïdjan ne permet pas un référendum dans une seule partie du pays.

 

La position de l'Arménie, est que cet accord dans ce cadre ne résoudra pas le problème et ne fera que le prolonger. La partie arménienne, qui représente actuellement le Haut Karabakh dans le processus de négociations, met actuellement en avant deux points principaux.

 

Premièrement, le statut du Haut-Karabakh est le problème central et il est au cœur du problème. Erevan insiste de régler ce point avant tout autre.

 

Le second est le retour des réfugiés. L’Arménie admet la nécessité pour le retour des réfugiés, mais ce retour ouvrira une autre série de problèmes lors du retour des réfugiés azéris à un moment où les deux nations en sont encore en état de guerre. Quelles sont les lois qui régiront les deux communautés. Comment faire vivre les Arméniens et les Azéris alors que chaque jour l'Azerbaïdjan appelle à utiliser la force si les négociations échouent ?

 

La dernière question épineuse pour les deux côtés est le détail du référendum. Qui aura le droit de vote ? Est-ce la population actuelle du Haut-Karabakh ? Est-ce que c’est la majorité arménienne et la minorité azérie, ou bien l'ensemble de l'Azerbaïdjan ? Si c’est l'ensemble de l'Azerbaïdjan qui doit voter sur le statut du  Haut-Karabakh cela ne paraît  pas logique. Si c’est la majorité arménienne et la minorité azérie du Haut-Karabakh qui prennent part sur le futur statut de la région alors cela fait sens. Toutefois, l'Azerbaïdjan n'aime pas cette approche car elle estime qu'elle perdra de jure le Haut-Karabakh.

 

A travers les déclarations récentes des ministres des affaires étrangères azéries et arméniennes, ainsi que les médiateurs du Groupe de Minsk, il est clair que lors de la réunion présidentielle à Saint Petersbourg des amendements aux principes ont été apporté par la partie russe. Ces amendements ne sont pas encore connus mais les parties sont d’accord de poursuivre les négociations sur la base de ce que l’on pourrait appelé « les principes de Saint Petersbourg ».

 

Dans ce cadre et à ce stade des négociations il est important d’intégrer les représentants du Haut-Karabakh, et contraindre Bakou à renoncer à la menace et à l’utilisation de la force. Néanmoins, malgré cette dynamique particulière, en ce qui concerne les perspectives rapides de la résolution du conflit il est certain que la préservation du statut quo est sans doute profitable pour Erevan et pour Moscou.

 

Alen Ter-Markossian

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 08:34

Le17 juin 2010 sous les auspices du Président Russe Dimitri Medvedev, les présidents arménien Serge Sarkissian et azéri Ilham Aliev se sont rencontrés dans la ville russe de Saint-Pétersbourg en marge d'un forum économique international.

 

L’objectif de cette réunion était de permettre aux parties de rapprocher leurs positions et de clarifier leurs approches sur des questions qui n'ont pas été convenues, ainsi que de permettre  de donner un nouveau souffle afin de poursuivre les négociations. A la suite de cette rencontre il a été convenu que la troïka du Groupe de Minsk de l’OSCE se rendra en Arménie et en Azerbaïdjan, au début du mois de Juillet.

 

Le service de presse du président russe a déclaré que les entretiens ont porté sur les «problèmes pivots » qui entravent le règlement du conflit du Karabakh proposés par la Russie, les États-Unis et la France, à savoir les fameux principes de Madrid. « Il a été observé une convergence des positions sur plusieurs dispositions controversées du texte des principes de base du règlement ». Sans donner plus de précisions le communiqué ajoute que « Les présidents de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie ont confirmé leur volonté de poursuivre le dialogue visant à achever le travail sur ce document, sous la médiation de la Russie, les Etats-Unis et la France. » A travers ces déclarations diplomatiques de bon foie, il est certain qu’Aliev et Sarkissian n'ont pas fait état de nouveaux progrès dans les négociations autour du Haut- Karabakh.

 

Avant cette rencontre présidentielle, les autorités de Bakou ont plusieurs fois accusé l’Arménie de rejeter les principes « révisé » de Madrid, alors que pour sa part Erevan soutien qu’il existe d’un seul document sur la table des négociations celui présenté par les Présidents du Groupe de Minsk en novembre 2007.

 

Il faut interpréter cette rencontre à Saint Pétersbourg par le fait que  Moscou veut faire preuve aux yeux de la communauté internationale qu'elle est capable de prendre l'initiative dans le Sud-Caucase. Néanmoins la Russie ne peut pas à elle seul apporter un règlement pacifique, il est certain que la résolution du conflit restera hors de portée tant que les dirigeants de la République du Haut Karabakh seront exclus de négociations directes entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

 

Bakou pour sa part refuse tout contact direct avec les dirigeants du Haut-Karabagh, en prétextant que la région est contrôlée par l'Arménie. Les médiateurs ont assuré à plusieurs reprises aux autorités d'Erevan et de Stepanakert que les Arméniens du Karabakh joueront un rôle majeur à un stade ultérieur du processus de paix.

 

Le lendemain de la rencontre des trois présidents au palais Konstantinov à Saint Petersbourg qui a confirmé la volonté de poursuivre le dialogue, le vendredi 18 Juin, à 23:30 heures, un détachement de reconnaissance azerbaïdjanais a pénétré dans le territoire du Haut-Karabagh, tuant 4 soldats arméniens et en blessant 4 autres. La partie arménienne a pris des mesures de rétorsion, le détachement azéri se retira, laissant un soldat tué sur place et des munitions.

 

A l’annonce de l’accrochage sur le front, le ministre des Affaires Etrangères arménien Edward Nalbandian a réagis vivement « Nous pouvons dire que l'Azerbaïdjan avait à peine quitté la table des négociations, qu’il a organisé un acte de sabotage dans la région de Martakert du Haut-Karabagh, des attaques perfides dans le voile de la nuit sont typiques à l'Azerbaïdjan. Ce n'est pas la première fois qu’ils le font ». Selon Nalbandian, ce fut une action planifiée, de plus il a souligné que préalablement à toute réunion de haut niveau, Bakou tente de faire échouer des pourparlers avec les déclarations provocatrices et des menaces de guerre.

 

Le Président Serge Sarkissian a déclaré suite à cet incident que les provocations azéris sont inacceptables, et que cette provocation récente est encore plus inacceptable car elle survient à quelques heures seulement après la réunion tenue sous la médiation de la Russie. Selon le Président arménien ces provocations ne doivent pas rester impunies et quels représentent un manque de respect pour le Groupe de Minsk de l'OSCE. Serge Sarkissian a également souligné que la partie arménienne n'a pas l'intention de réviser sa position en raison cet incident : «Je suis convaincu que l'indépendance de la République du Haut-Karabagh sera reconnu - c'est notre objectif »

 

La réunion présidentielle est peut être la raison de l'intrusion d'un détachement de reconnaissance armés azéri dans le Haut-Karabagh. En effet, ce type d’actions ne sont pas prises spontanément. La décision a probablement été réalisée à un niveau élevé. L'Azerbaïdjan use d’une stratégie d’exacerbation et de chantage, sous la forme de propagande à travers des déclarations belliqueuses et cela même dans ces déclarations diplomatiques.

 

Le président Aliev a averti plus tôt au cours de ce mois que Bakou se retirera de ses pourparlers de paix avec les Arméniens s'il n’y a pas de percée dans un avenir proche. De plus, Aliev furieux a pris l'avion pour Bakou, vendredi matin, peu après sa rencontre avec Sarkissian et Medvedev, alors que son service de presse avait annoncé plus tôt qu’il resterait à Saint-Pétersbourg pour participer à une conférence économique annuelle internationale.

 

Cette colère s’explique peut-être par le fait que Medvedev à un peu forcer la main d’Aliev pour une rencontre avec Sarkissian, avec lequel il ne s’était pas rencontré depuis six mois, mais aussi sur les déclarations du Premier Ministre Russe Vladimir Poutine au mois de Juin à Ankara.

 

En effet, interrogé sur le conflit du Haut-Karabagh, le Premier Ministre russe a notamment déclaré que la Russie ne mettra pas la pression sur l’Arménie ou l’Azerbaïdjan pour accélérer la résolution du conflit et qu’il attend des autres puissances médiatrices qu’elles soient aussi prudentes. « Seuls les deux Etats, les deux peuples peuvent trouver mutuellement des solutions acceptables et trouver des compromis dans un dialogue pragmatiques l’un avec l’autre. Nous voulons que personne ne pense que nous faisons pression sur l’une ou l’autre des parties et que nous cherchons une solution au problème qui serait défavorable à l’une d’entre elles », a-t-il ajouté. Cette déclaration du Premier Ministre russe est aussi un message à la Turquie qui aspire à « s’ingérer » dans le règlement du conflit du Haut-Karabagh.

 

Ainsi, Bakou cherche à ne pas laisser s’installer un statut quo qui garantirait la sécurité du Haut-Karabagh et de faire échouer les pourparlers du Groupe de Minsk qui cherche une solution basée sur des concessions mutuelles pour aboutir à un statut pour le Haut-Karabagh.

 

Alen Ter-Markossian

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 17:01

La Turquie fut l’un des premiers états à reconnaître l’indépendance de la  République d'Arménie après l’effondrement l'Union soviétique en 1991. Toutefois, les relations bilatérales sont rapidement devenues prisonnières à cause de l’escalade du conflit du Haut-Karabagh. En avril 1993, avec la prise de la région de Kelbadjar par les forces arméniennes du Haut-Karabagh, la Turquie a fermé sa frontière avec l'Arménie en signe de protestation contre Erevan et de soutien à Bakou. Dix-sept ans plus tard, la frontière demeure toujours fermée.

 

Pour le gouvernement turc, le principal obstacle pour la normalisation des relations arméno-turque est le dommage que pourrait subir sa relation avec l'Azerbaïdjan. De longues négociations sur la résolution du conflit bloquent en partie sur la question du statut final du Haut-Karabagh. Depuis 2005, les pourparlers, dirigés par la médiation des trois co-présidents du Groupe de Minsk de l’OSCE portent sur un projet de document de base : « les principes de Madrid ». Ce document cherche à résoudre ce problème par la conciliation de deux principes juridiques celui de l’autodétermination (soutenu par Erevan et Stepanakert) et celui de l’intégrité territoriale (soutenu par Bakou). Alors que les pourparlers continuent, l'Azerbaïdjan exprime sa frustration avec le statu quo et menace de recourir à la force pour récupérer le Haut-Karabagh.

 

L’Azerbaïdjan essaye d’influer sur la Turquie via ses ressources énergétiques, car Bakou est l’un des fournisseurs les plus importants de gaz d’Ankara. De plus, la solidarité au niveau populaire entre les deux états turcophones est forte. Plusieurs mois avant la signature des protocoles en Octobre 2009, Erdogan a plusieurs reprises explicitement lié le processus de normalisation arméno-turc avec le conflit du Haut-Karabagh, et appelé Erevan à faire des concessions sur le sujet. Alors, pourquoi la Turquie s'engage-t-elle à normaliser sa relation avec Erevan, et à terme devoir ouvrir  sa frontière avec l'Arménie dans un document qui n'a jamais mentionné explicitement le conflit du Karabagh ?

 

Une partie de la réponse est que Ankara mettait des priorités différentes sur cette question. Il semble que les autorités turques espéraient voir des progrès sur le conflit du Karabagh dans les mois après la signature des protocoles à Zurich, en raison peut-être des assurances excessives des Etats-Unis et dans une moindre mesure de la Russie, et une impression trop optimiste de la façon dont les négociations de paix se déroulaient.

 

Lorsqu’en Décembre 2009, les négociations semblaient être dans l'impasse, la diplomatie turque s’est trouvée clouée, pour reprendre un terme échiquéen décrivant l’immobilisation totale ou partielle d'une pièce. Plus largement, les officiels turcs ont affiché une certaine naïveté sur l’issue du Karabagh car ils ont tiré leurs informations sur le conflit des seules sources azerbaïdjanaises. Ils ont sous-estimé la question fondamentale à savoir que le  Karabagh fait partie du « sanctuaire » national arménien. Ankara estimait qu’Erevan pourrait être persuadée de céder plusieurs des régions occupées autour du Karabagh en échange de la réouverture de la frontière arméno-turque.

 

Ces deux dernier mois le président arménien Serge Sarkissian a accordé plusieurs entretiens à des medias internationaux (Le Figaro, Euronews, Al Watan, Der Spiegel). L’analyse des ces différents entretiens montre qu’Erevan a précisé ses idées et a fait des propositions sur la résolution du conflit du Haut-Karabagh. Le chef d’Etat arménien a affirmé que céder le Haut-Karabakh à l’Azerbaïdjan était hors de question. De plus, en cas de reconnaissance de l’indépendance du Haut-Karabagh par Bakou, Erevan serait éventuellement prête à se retirer de certaines régions environnantes. Et enfin pour renforcer le statut quo et le cessez le feu il propose de signer un accord de non recours à la force. La réponse de Bakou fût qu’un tel accord ne sera possible que lorsque les forces armées arméniennes se seront retirées des territoires occupés.

 

Ni la Turquie ni l'Arménie n'ont ratifié les accords conclus en octobre 2009 pour rétablir les liens diplomatiques entre les deux pays et ouvrir la voie à une réconciliation. Le gouvernement arménien accuse la Turquie de traîner des pieds en exigeant d'abord le règlement du conflit du Haut-Karabakh.

C’est ainsi que, le 22 avril 2010, le président arménien à annoncer le gèle du processus de ratification de l'accord en précisant qu’Erevan n'abandonnait pas le processus de normalisation et que l’Arménie attendait  qu'il existe un environnement approprié en Turquie et qu'il y a un gouvernement à Ankara prêt à s'engager de nouveau dans le processus de normalisation.

Pour ça part l’Azerbaïdjan voit la question de la normalisation arméno-turque à travers ses propres grilles de lectures et ses peurs. Bakou craint que l'ouverture de la frontière arméno-turque lui supprime un levier envers l'Arménie et rendre cette dernière plus intransigeante. Ainsi à court terme Erevan pourraient chercher à consolider le statu quo.

 

Pourtant, la dynamique à plus long terme est presque certaine de travailler dans l'autre sens.

En effet, avec à  l'Ouest sa frontière ouverte, l'Arménie verras son état de siège s’effriter et elle pourra sortir de son isolement, néanmoins elle subira une pression internationale plus forte pour signer un accord au sujet du Karabagh. L’Azerbaïdjan serait également sous pression afin d’assouplir sa position agressive sur cette question et de s'aligner sur la position de la Turquie en cherchant à normaliser ses relations avec Erevan.

 

Le Groupe de Minsk pourrait mettre en place une planification pour le règlement post-conflit comme le déminage, la reconstruction, la relance économique, les mesures de sécurité et qui seront nécessaires afin de faire un travail pour la paix sur le terrain en instaurant un dialogue civil. L'Union européenne est bien placée pour jouer ce dernier rôle, comme dans les Balkans, mais jusqu'à présent elle a été plus ou moins écartée du processus de paix du Karabagh.

 

Alen Ter-Markossian

 

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 17:32

Depuis la guerre russo-géorgienne d’août 2008, le Caucase du Sud est dans un climat de nervosité renforcé par plusieurs conflits gelés ou dormants qui sont susceptibles de se réveiller dont celui du Haut-Karabagh. De ce fait, le conflit du Haut-Karabagh connaît ces derniers mois des accrochages de plus en plus violents sur la ligne de cessez le feu. Bien que la crise ossète ait confirmé le fait que tout règlement militaire d’un conflit gelé est plus que risqué, Bakou multiplie ces déclarations va en t’en guerre et les provocations militaires sur le terrain.

 

En effet, outre les joutes verbales, on y tire à l’arme lourde en plus des tirs réguliers de snipers et incursion de commandos de sabotages. Plus de 200 violations du régime de cessez le feu ont été constatés en moins d’un mois et il y a des victimes dans les deux camps. L’ensemble de ces provocations a tout d’abord pour but  de tester les défenses arméniennes, maintenir un climat de conflit, saper le morale des soldats voire de créer la peur. Mais surtout ces provocations ont pour but de pousser le côté arménien à donner une réponse lourde enfin de trouver un prétexte pour la reprise des hostilités.

Cette situation s’est déjà  présenter dans l’histoire arménienne contemporaine. Ainsi, plusieurs semaines après la signature du traité de Sèvres en 1920, les gardes frontières arméniens sont impliqués dans des escarmouches contre les miliciens turcs du district d’Olti. Du point de vue turc, la pénétration de quelques troupes arméniennes dans le district a servi de prétexte officiel pour la nouvelle guerre turco-arménienne du 24 septembre – 2 décembre 1920 qui entraîna la chute de la premier République et la soviétisation de l’Arménie.

 

Ainsi, les provocations azerbaidjanaises sur la ligne de cessez le feu sont à placer dans un contexte plus diplomatique, celle de faire capoter le processus de négociations dans le cadre de l’OSCE. Les principes de Madrid proposés par le Groupe de Minsk, laissent présager en tout vraisemblance la mise en œuvre du détachement de jure du Haut-Karabagh de l’Azerbaïdjan via certainement un referendum d’autodétermination.

 

Face à cette situation de perte diplomatique et politique plus ou moins «programmée» qui entraînera la chute du clan Aliev du pouvoir, Bakou joue la carte de la provocation afin d’entraîner Erevan dans un conflit dont le sort est plus qu’incertain et surtout en vue de faire échouer les principes de Madrid.

 

La stratégie de sabotage des principes de Madrid amène également Bakou à juger généralement acceptable la nouvelle version des principes pour mettre Erevan dans situation difficile sur la scène internationale en lui faisant porter le chapeau de l’impasse des négociations en cas de refus de ces principes par l’Arménie. Il s'agit de la première fois depuis 1997 que Bakou a jugé que la proposition des médiateurs est acceptable, en insistant sur une large autonomie pour le Haut-Karabagh dans le cadre de l’Azerbaïdjan.

 

Maintenant, c'est au tour de l'Arménie et il sera difficile pour l'Arménie de dire un « Oui » à la version qui a pris la première forme à Cracovie en Juillet 2009, puis à Athènes à la fin de 2009, et ensuite à Sotchi le 25 Janvier 2010, parce que contrairement aux propositions de Madrid 2007, le droit du peuple du Haut-Karabagh à l'autodétermination y est très vague.

 

Aujourd’hui les médiateurs proposent que le Haut-Karabakh ait un statut provisoire en attendant un futur vote sur le statut final. Ces derniers mois, il y a eu un changement marqué dans les annonces faites par la partie arménienne et le discours de Serge Sarkissian à Londres au Chatham House, a été probablement conditionné par cette évolution. Le Président Sarkissian a donné l’impression à Londres, de vouloir dire « Non » à la proposition la plus récemment mise à jour par le Groupe de Minsk puisqu’il a expliqué pourquoi, ce que la communauté internationale voulait imposer était inacceptable pour l’Arménie et le Haut-Karabagh.

 

Il ne fait aucun doute que le Président Sarkissian a raison, s'il rejette la nouvelle proposition pour la résolution du conflit du Karabakh, que le président azerbaïdjanais a jugé acceptable, à Sotchi, en créant une situation extrêmement inconfortable pour le président arménien. En général, toute proposition où il n’est pas clairement mentionné le droit à l'autodétermination pour le peuple du Haut-Karabakh, en contrepartie d’une perspective de retrait des troupes arméniennes des districts avoisinants et la mise en place d’un lien terrestre entre le Haut-Karabagh et l’Arménie doit être rejeté.

 

De ce fait Bakou tente de piéger l’Arménie sur le terrain en multipliant les provocations militaires afin de redémarrer un conflit armé. Sur le plan diplomatique en acceptant « à quelques exceptions » les principes de Madrid révisés, l’Azerbaïdjan cherche à faire porter la responsabilité du blocage des négociations sur l’Arménie et ainsi accentuer les pressions internationales sur Erevan.

 

Alen Ter-Markossian

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 17:26

Alors que la ligne de front la situation  se tend, les discussions entre chefs d’Etat arménien, azéri et russe semblent enregistrer des progrès, notamment sur le principe d’une avancée négociée.

 

La réunion de Sotchi le 25 janvier 2010 entre le président russe et les présidents arménien et azerbaïdjanais a dégagé un accord verbal sur le préambule de la version révisée des principes de Madrid. La phase suivante étant que les deux parties doivent établir des formules et des idées concrètes à insérer dans les points du texte révisés sur lesquels il y a un désaccord.

 

Le fait que Aliev et Sarkissian ont maintenant conclu un accord sur le libellé du préambule de la nouvelle version des principes de Madrid est un petit pas en avant dans la mesure où ce préambule est certain de réaffirmer leur engagement commun en faveur d'un règlement pacifique dans le cadre du droit international. À cet égard, il constitue un recul pour le président Aliev habitué ces derniers mois à faire des  discours menaçant la reprise des hostilités afin de récupérer le Haut-Karabagh.

 

Elections azerbaïdjanaises

 

Néanmoins, pour Bakou, ce n’est pas le moment idéal pour faire preuve de bonne volonté dans ce dossier car les élections législatives azerbaïdjanaises sont prévus cet automne. Personne ne doute du résultat des urnes, à savoir par une majorité absolue pour le parti du Président « Yeni Azerbaycan ». Cependant, les autorités ne veulent pas prendre aucune mesure qui pourrait galvaniser l'opposition à la veille du scrutin.

 

Plus précisément, il est hautement improbable que les Principes de Madrid soient signés avant les élections, car ils risqueraient d'ouvrir la porte à la phase cruciale de négociations sur le détail des principes et la participation des représentants de la République du Haut-Karabagh. Ainsi, l'importance de l'accord des deux présidents sur le libellé du préambule aux principes de Madrid ne devrait pas être surestimé.

 

Il devient de plus en clair qu’il y a un accord tacite entre les trois pays membre du groupe de Minsk. En effet, les Etats-Unis et dans une moindre mesure la France sont chargés de faire avancer le processus de normalisation arméno - turques avec comme but ultime l’ouverture de la frontière entre l’Arménie et la Turquie. Pour sa part la Russie se consacre et intensifie les médiations sur le dossier du Haut-Karabagh.

 

Moscou pour le statu quo

 

Néanmoins, Moscou est pleinement satisfait de l'état actuel du dossier à savoir le contrôle arménien sur le Haut-Karabagh lié à la présence des bases militaires russes en Arménie. Cela est extrêmement important pour le Kremlin, qui craint de perdre cet avantage stratégique dans le Caucase du Sud. Mais, la Russie est également opposée à l'exclusion du Haut-Karabagh de l'Azerbaïdjan, car il peut gêner ses relations avec l'Azerbaïdjan. Dans le même temps, Moscou est parfaitement conscient que dans le scénario de la séparation de jure du Haut-Karabakh de l’Azerbaïdjan déstabiliserait la situation à Bakou, et Moscou en sera accusé. Par conséquent, pour le Kremlin le maintien du statut quo actuel est avantageux pour les intérêts russes dans la région.

 

Dans les principes de Madrid révisés, il est inclus le retrait progressif des troupes arméniennes des cinq territoires azerbaïdjanais limitrophes autour du Haut-Karabagh, avec des dispositions particulières pour les districts de Kelbadjar et de Latchine. Le retrait progressif serait suivi de la démilitarisation de ces territoires et le déploiement d'une force internationale de paix. Dans ce scénario, il n’est pas illogique de faire le lien entre cette feuille de route proposée par l’OSCE et l’intense activité diplomatique de l’Iran avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

 

Les craintes iraniennes

 

En effet, dans le cas d’un déploiement d'une force internationale de paix, ces forces seront limitrophes de l’Iran. Téhéran n’est pas prêt à laisser stationner pendant 5, 10 ou même 15 ans des troupes composés des pays membre essentiellement de l’OTAN ou l’OSCE. Téhéran voudrait gagner du poids en tant que médiateur entre Erevan et Bakou et comme Moscou, la République islamique a tout intérêt que le statut  quo actuel se maintienne.

 

Aujourd’hui la seule avancée qui peut être faite concernant le Haut-Karabakh, ce n’est pas  la  signature d’un accord cadre mais plus vraisemblablement un accord sur la mise en place d’une feuille de route après que les protocoles arméno-turc soient ratifiés et que la frontière soit ouverte. En effet, une fois le dossier des protocoles arméno-turc réglé la pression sur Erevan sera plus importante pour qu’il se retire de la zone de sécurité, il s'agit de la seule chose qui peut être réalisé à cet égard, car le retour du Haut-Karabakh dans le giron de Bakou est hors de question.

 

Néanmoins, même si la libération de ces régions environnantes du Haut-Karabagh paraît de plus en plus sans ambiguïté, il est très probable, qu’ils ne seront pas libérés facilement car cela représente un danger de déstabilisation interne pour le gouvernement arménien et azerbaïdjanais.

 

La situation des états indépendants non reconnus ou largement non reconnus au niveau international fait partie de la nouvelle donne géopolitique dans les relations internationales, qui n’a vu aucune solution définitive à ce jour même s’il existe une certaine dynamique internationale pour promouvoir l’autodétermination (Monténégro, Kosovo, Ossétie du Sud, Abkhazie et prochainement referendum au Sud-Soudan). Une tendance dont le Haut-Karabagh entend bien profiter à son tour. Et à laquelle ne contrevient pas le maintien le statu quo.

 

Alen Ter-Markossian

 

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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 09:45

En dépit des communiqués optimistes du Groupe de Minsk, les pourparlers piétinent.


Après les rencontres présidentielles à Munich fin novembre et celle des ministres des affaires étrangères à Athènes début décembre, les négociations autour de la résolution du conflit du Haut-Karabagh sont dans une phase d’accélération.

Néanmoins, malgré la fréquence des rencontres et les déclarations optimistes de la troïka du Groupe de Minsk de l’OSCE, la résolution définitive ne semble pas si proche et cela pour trois raisons importantes.

 

La première raison est celle qu’accepter un accord cadre autour des principes de Madrid qui prévoirait la possibilité de concéder cinq des septs régions autour du Haut-Karabagh à l'Azerbaïdjan serait un suicide politique de la part du gouvernement arménien. En effet, en plus de la pression interne lié à la signature et à la ratification des protocoles arméno-turc, une quelconque signature d’un accord cadre basé sur les principes de Madrid fragiliserait encore plus le gouvernement de Sarkissian. En cas de solution au conflit du Haut-Karabagh, en parallèle à la normalisation des relations arméno-turques, l’échiquier politique interne arménien risque d’être déstabilisé.

Le même risque politique existe pour le gouvernement de Bakou, car si cette concession arménienne s’officialise alors il devrait s’accompagner par la concession azérie de laisser le Haut-Karabagh s’autodéterminer via un référendum. Ce scénario serait une défaite diplomatique et politique pour Bakou qui risquerait de s’accompagner de déstabilisation du clan Aliev. En effet, la société azerbaïdjanaise a été préparée via une propagande étatique minutieusement mise en place à ne faire aucune concession aux Arméniens.

 

Risque d’un scénario militaire

La deuxième raison est que l’Azerbaïdjan continue d’essayer de ruiner le processus de négociations et les menaces du président azerbaïdjanais sont non seulement des messages à l’Arménie mais montrent aussi à la communauté internationale que l’Azerbaïdjan n’est pas sincère dans la recherche d’une solution pacifique. Bakou torpille les négociations car il semblerait que les principes de Madrid permettent à long terme de légitimer la sécession du Haut-Karabagh de la souveraineté de Bakou. En créant une impasse dans les négociations, Bakou tente également de faire entrée la Turquie dans le Groupe de Minsk.

Bien que la préparation militaire de l’Arménie reste encore supérieure à celle de l’Azerbaïdjan selon les experts, la reprise des hostilités est encore une possibilité. La communauté internationale s'oppose à cette option, l'expérience récente avec la guerre russo-géorgienne prouve l’innascibilité de la méthode coercitive dans la résolution des conflits. Toutefois, le scénario militaire reste une menace car un petit incident sur la ligne de cessez-le feu pourrait marquer le début de quelque chose de beaucoup plus grand.

Néanmoins outre les dépenses militaires et les déclarations belliqueuses azéris, le réchauffement des relations entre Bakou et Moscou et le niveau croissant de la coopération russo-azerbaïdjanaise, est la plus grande menace qui pèse sur la Karabagh.

En effet, graduellement Bakou s’est rapproché de Moscou dans les domaines énergétique et économique afin que la Russie puisse influencer de façon notoire les autorités arméniennes à plus de concessions.

 

Moscou face au poid du soft power atlantiste

La troisième raison qui empêche une résolution rapide est que dans cette  phase d’accélération des négociations, la pression est plus forte de la part des Européens et des Américains que de la part des Russes qui détiennent les clés pour le déblocage du problème. En effet, la résolution du statut du Haut-Karabagh, ajouté à cela l’ouverture des frontières arméno-turc et arméno-azeris se ferait en parallèle à  la démocratisation des sociétés du Caucase du Sud. L’objectif est de pacifier la région en faisant des Etats du Sud Caucase des Etats associés à l’UE. Le volet militaire serait une coopération étroite avec l’OTAN. Dans ce contexte la Russie perdrait toute influence politique dans la région. C’est cette menace du « soft power » atalantsite qui pousse Moscou  préserver le statut quo grâce auquel elle se présente comme la seule puissance qui peut défendre les intérêts à la fois de Bakou et d’Erevan.

Pour pouvoir influer sur la région de façon durable et certaine, les Occidentaux ont besoin de cinq à dix ans et avec à la tête de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan des dirigeants légitimes aux yeux de leur population et des sociétés pleinement démocratiques.

 

Alen Ter-Markossian

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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 09:43

Depuis la signature des protocoles arméno-turcs le 14 octobre 2009 à Zurich, un certain vent de panique souffle auprès des autorités azerbaïdjanaises. Outre les discours rassurants d’Ankara sur le concept « une nation, deux Etats », certaines voix s’élèvent parmi les experts internationaux, qui nuancent la capacité de l'Azerbaïdjan à influencer la politique étrangère turque, en particulier à travers ses ressources énergétiques.

 

En effet, il semble que Bakou ait épuisé son potentiel de diktat lié à ses réserves d’hydrocarbures. Car il y a bien longtemps qu’il n'a ni les ressources nécessaires, ni les moyens de diversifier les itinéraires d’évacuer le brut, ni le poids politique pour torpiller la vision stratégique de la Turquie de devenir le principal point de transit pour les hydrocarbures en direction de  l'Europe.

 

Ainsi, l’itinéraire de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) ou le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzeroum (BTE) pour le transit des ressources de la Caspienne ne peut en aucun cas être changé. De plus, les réserves azerbaïdjanaises ne sont pas suffisantes pour répondre aux ambitions de la Turquie et aux exigences de l'Europe. L'Azerbaïdjan est en mesure de fournir seulement 1/3 du volume du gaz nécessaire au gazoduc BTE, et cela peut à peine satisfaire à la consommation interne de la Turquie.

 

Stratégiquement, le gazoduc BTE a été conçu pour le gaz d'Asie Centrale, et non pas pour celui de l'Azerbaïdjan. En effet, il existe le projet du « Trans-Caspian Gas Pipeline » (TCGP), à savoir un pipeline sous-marin entre Türkmenbachy au Turkménistan, et Bakou. Selon certaines propositions, il comprendra également un lien avec le champ de Tengiz au Kazakhstan. L’objectif du projet de gazoduc Trans-Caspienne est le transport du gaz naturel en provenance du Kazakhstan et du Turkménistan vers l'Europe centrale, en contournant la Russie et l'Iran.

 

Concernant le projet Nabucco, qui est un gazoduc en provenance d'Erzurum donc lié au BTE,  et en direction de  Baumgarten an der Mars en Autriche, il a pour objectif la diversification des fournisseurs actuels de gaz et des itinéraires de livraison pour l'Europe. Le pipeline tente de réduire la dépendance européenne au fournisseur russe. Le projet est soutenu par plusieurs Etats de l'Union européenne et les Etats-Unis.

 

La capacité annuelle du gazoduc Nabucco est de 30 milliards de mètres cubes (m3), et, dans ce contexte, les efforts de l'Azerbaïdjan sont «une goutte d’eau dans l'océan ». Selon les estimations, dans les dix prochaines années, l'Azerbaïdjan sera capable de fournir seulement  5 milliards de m3 de gaz pour ce gazoduc, alors qu'au moins 15 milliards de m3 sont nécessaires pour qu'il puisse être mis en service. La principale source azérie pour Nabucco proviendra de la deuxième phase de l’exploitation champ gazier de Shah Deniz, dont la production devrait débuter en 2013.

 

Pour la mise en service de ce gazoduc, il est prévu également d’intégrer l’apport gazier de l’Egypte et le gaz irakien de la région du Kurdistan d'Irak. L'Iran a également proposé l'approvisionnement en gaz de Nabucco et cela a été soutenu par la Turquie, mais en raison des circonstances politiques actuelles, l'UE et les Etats-Unis sont réticents.

 

De plus, Ankara, a finalisé avec Téhéran un accord sur les détails de la participation de la Turquie dans le projet South Pars en Iran. South Pars est un site d'exploitation offshore de gaz naturel situé à la frontière de l'Iran et du Qatar dans le Golf Persique. Il est considéré comme l'un des plus importants au monde. Les ressources en gaz de South Pars pourraient  intégrer le projet Nabucco si les relations entre l’Iran et les Occidentaux s’améliorent.

 

Pour sa part, la Russie met tout en œuvre pour éviter qu’un pipeline ne soit établi à travers le fond de la mer Caspienne pour le TCGP. En effet, Moscou a proposé à Ankara de rejoindre le projet South Stream qui passera sous la mer Noire et ralliera la Bulgarie, via les eaux territoriales turques. Ce gazoduc peut également acheminer le gaz d'Asie Centrale à travers un gazoduc qui s'étendra le long de la côte nord de la mer Caspienne. De plus, le Projet South Stream réduit le nombre de pays de transit entre l'Asie Centrale et la Turquie à savoir seulement la Russie au lieu de l'Azerbaïdjan et de la Géorgie. Tbilissi, ayant complètement bouleversé ses relations avec Moscou, la Géorgie est devenu dépendante du gaz azéris, tandis que la Turquie a accordé son quota de gaz aux Géorgiens.

 

Trois semaines après la conclusion d'un accord, à Ankara, sur le futur gazoduc Nabucco, soutenu par l'Union européenne et par les Etats-Unis, Moscou riposte en se tournant à son tour vers la Turquie. Les efforts déployés par le Premier ministre russe, Vladimir Poutine et son homologue italien Silvio Berlusconi ont été couronnés de succès. La Turquie a rejoint le projet South Stream le 6 août 2009 concurrent direct du Nabucco. South Stream sera construit par le géant russe Gazprom et par la compagnie italienne ENI.

 

Concernant l’Azerbaïdjan, les 27 et 28 août derniers, des représentants de Gazprom ont visité l'Azerbaïdjan afin d'examiner les aspects techniques des livraisons de gaz azerbaïdjanais à la Russie. Aux termes d'un contrat signé entre GNKAR (Compagnie nationale azerbaïdjanaise de pétrole et de gaz) et Gazprom, ces livraisons doivent débuter en janvier 2010.

 

Il découle de ces différents projets énergétiques les rôles majeurs de la Turquie, de la Russie et à terme de l’Iran. Donc, il faut nuancer le poids de  Bakou qui n’est pas le seul acteur de ces projets et ne peut plus poser à terme d’ultimatum politique avec l’argument de ces ressources énergétiques. Certes, l’Azerbaïdjan garde une certaine marge de manœuvre pour pouvoir influencer  le déroulement de ces différents projets mais son rôle est de plus en plus secondaire.

 

Ainsi, le problème de la sécurité énergétique de l'Europe ne peut être résolus que par les efforts combinés de la Turquie et de la Russie, avec le potentiel énergétique de l'Iran si nécessaire. Dans ce contexte l’Azerbaïdjan devient plus un pays de transit qu’une source d’approvisionnement en énergie fossile. La confirmation de cette tendance tend minimiser la capacité de l'Azerbaïdjan à influencer la politique étrangère de son « grand frère ».

L’Arménie joue un rôle essentiel dans le triangle énergétique Turquie-Iran-Russie. Car au cours des dernières années, la Russie, lentement mais sûrement, a fait de l’Arménie une «place forte de l'énergie électrique». La centrale nucléaire de Metsamor construite pendant les années 1970 à environ 30 km d’Erevan, est équipée de deux réacteurs nucléaires. En raison de son grand intérêt économique pour le pays, elle doit rester en exploitation jusqu'en 2016.

De plus, le Parlement arménien a approuvé, le projet de construction d’un nouveau réacteur nucléaire pour la centrale de Metzamor. Les parlementaires ont voté la construction d’un réacteur de 1.200 mégawatts, dont le coût est estimé entre 4 et 5 milliards de dollars et dont la construction devrait être achevée d’ici à 2017.

 

L’Arménie se trouve a l’intersection de deux réseaux électriques (Nord-Sud post-soviétique et Est-Ouest nouvelle), cette situation géographique fait jouer à l’Arménie le rôle d’un transformateur électrique, d’une électricité exportable vers des pays à larges besoins: Iran, Turquie, et même la  Russie.

 

Aux termes de l'accord irano-arménien, Erevan livrera 3 kWh d'électricité pour chaque mètre cube de gaz naturel iranien. Le gazoduc reliant l'Iran à l'Arménie a été construit en deux étapes en 2005-2006. Selon les estimations approximatives, Erevan devrait exporter 3,3 milliards de kWh vers l'Iran, alors que sa production annuelle d'électricité s'et chiffrée à 6,114 milliards kWh en 2008.

 

La signature des protocoles arméno-turc ouvre la voie également à la mise en œuvre de l’accord d’approvisionnement d’électricité arménienne à la Turquie. Le volume initial des exportations d’électricité vers la Turquie devrait atteindre 1,5 milliards de kw/h par an.

 

Ainsi l’Arménie a  la volonté de devenir un fournisseur d'électricité de la Turquie et de l’Iran, en recevant ainsi un revenu d'exportation. Même si l'Arménie parvient à des projets d'accords avec l'Iran ou la Turquie, c'est au prix d’une co-signature aux côtés de la Russie. Outre l’énergie nucléaire de nombreux projets existent, y compris pour les énergies renouvelables : hydroélectricité puis, plus récemment, dans l’énergie  solaire et éolienne.

 

Il s'agit d'une diplomatie des petits pas où des relations bilatérales et parfois trilatérales se mettent en place en vue de constituer une épine dorsale électrique complémentaire de l’énergie fossile. Dans le rapport de forces établi au Caucase, les choix énergétiques des républiques d’Arménie, d’Azerbaïdjan et de Géorgie sont dépendants des grands pays voisins et les conflits gelés ou non ne doivent pas faire oublier les réalités de coopération, fussent-elles voilées ou empreintes de rivalité, avec la Russie, l'Iran et la Turquie.

 

Alen Ter-Markossian

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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 13:59

Le gouvernement arménien a eu un agenda diplomatique chargé pour ce mois d’Octobre 2009. Deux questions d’une importance cruciale ont été à l’ordre du jour, la normalisation des relations bilatérales avec la Turquie et les négociations autour du Haut Karabakh. Depuis la visite en Septembre 2006 du président Abdullah Gül à Erevan, le « tabou arménien » est tombé dans la société turque ainsi q’une barrière psychologique importante dans les deux pays.

La Turquie et l’Arménie préparent depuis le mois d’avril leurs opinions publiques pour normaliser leurs relations bilatérales. Chacun des deux pays doit faire face à son opposition respective et une partie de la diaspora en ce qui concerne Erevan. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont signé le 10 octobre à Zurich (Suisse), dans une atmosphères tendus les protocoles sous le patronage des chefs de la diplomatie américaine, russe, française, européenne et suisse . Le processus sera suivi par la transmission du document aux parlements respectifs pour ratification. 
 Il est sûr que les protocoles, même lorsqu’ils été ont paraphés et signés, peuvent rester de simples morceaux de papiers, s’ils ne sont pas ratifiés par les parlements des deux pays. En ce qui concerne l’Arménie, il existe peu de doute sur la ratification du protocole par l’Assemblée. Toute autre est la position de la Turquie. Des sources fiables affirment que l’Arménie exige des garanties d’Ankara sur la ratification obligatoire des protocoles, mais c’est exactement ce que le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan ne peut pas garantir. Notons que le parlement turc a un certain degré d’indépendance par rapport à l’exécutif qu’il a illustré en 2003 en refusant de permettre le stationnement des troupes américaines sur le sol turc lors du déclenchement de la guerre en Irak.

Les dates des deux rencontres (signatures des protocoles le 10 octobre et rencontre des présidents arménien et azéri le 8 octobre) ont été soigneusement mises au point, car la partie turque ne voulait pas que la signature des protocoles avec l’Arménie aie lieu avant le sommet des présidents, de craintes qu’Erevan ne s’assoit à la table des négociations avec Bakou dans une position plus avantageuse, même si aucune signature de document n’y était prévu.

Mais avant cela, Ahmet Davutoğlu et le président Gül se sont entretenus avec le président et le ministre des affaires étrangères azéri, au Nakhitchevan le 3 octobre, pour examiner les derniers développements. 
 Au sommet du pays turcophones au Nakhitchevan, Gül a de nouveau parlé de la question du Haut-Karabakh comme condition préalable à la normalisation des relations. Erdoğan, pour sa part 24 heures après la signature a rappelé cette même condition pour une éventuelle ratification parlementaire. Ilham Aliev a excité la fibre pan-turquiste avec des déclarations revendicatives sur la région du Zanguezour et après la signature a exprimé son amertume, jetant une ombre sur le concept de « une nation, deux états ».

Selon les principes en vigueurs, la conclusion d’un accord entre deux gouvernements ne crée ni droits ni devoirs aux pays tiers. Néanmoins le processus normalisation des relations arméno-turc, peut être une piste d’accélération au règlement du conflit du Haut-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Les médiateurs internationaux ont eu des entretiens à Erevan, au début d’une nouvelle tournée du Groupe de Minsk de l’OSCE, et ils se ont également rendus à Stepanakert et à Bakou pour discuter des questions en suspens.

Selon certaines sources turques cité par le journal « Hurriyet », les présidents azerbaïdjanais et arménien ont fait des progrès lors de leurs précédentes réunions, en particulier sur la largeur et l’état du corridor de Latchine. En effet, fin septembre, une délégation de l’OSCE a étudié la situation dans le couloir de Latchine.

Les autorités de Bakou ont réaffirmé qu’elles étaient prêtes à garantir une communication sans entrave entre l’Arménie et le Haut-Karabakh mais souhaitent que le corridor de Latchine demeure une partie reconnue de l’Azerbaïdjan mais donné à l’Arménie « à l’emploie ». Ces déclarations s’inscrivent dans la logique du projet routier « La route de la Paix » proposé par Davutoğlu qui relirait Erzeroum à Bakou en passant par Erevan-Nakhitchevan-Latchine et Stepanakert.
 L’avenir des ex-districts azerbaïdjanais autour du Haut-Karabakh a été l’un des points de blocage. Une divergence existe entre le président Sarkissian, et son prédécesseur Robert Kotcharian. Tout en étant prêt à assurer le retrait de la plupart des ex-districts azerbaïdjanais autour du Haut-Karabakh, Kotcharian avait insisté sur le fait que le couloir des terres restantes soit formellement incorporé dans le Karabakh ou au moins avoir un statut intérimaire. La position de l’administration de Sarkissian sur la question reste floue, elle pencherait pour un couloire large de 25 km.

Les déclarations sont contradictoires en ce qui concerne l’avancement des négociations. Le président azerbaïdjanais a déclaré lors de sa visite au Nakhitchevan que le processus était dans sa phase finale. Pour sa part le président arménien a déclaré qu’il restait beaucoup de travail pour entrevoir une percée importante dans un proche avenir.

Même si la troïka s’est faite plus que discrète sur les modifications apportées à ces propositions en Juillet en Cracovie (Pologne), le statut du Haut-Karabakh semble dans l’impasse, et les espoirs restent néanmoins flous pour un règlement définitif.

On a l’impression que le but de la visite était d’informer l’Arménie, l’Azerbaïdjan et le Haut-Karabakh de l’absence de lien entre le protocole arméno-turc et le processus de paix du Haut-Karabakh, plutôt que la préparation une énième réunion présidentielle arméno - azerbaïdjanaises ou la proposition d’une nouvelle version des principes de Madrid. 
Les co-présidents du Groupe de Minsk ont apparemment cherché à dissiper les rumeurs largement répandues à Erevan, que l’Arménie se serait engagée à faire davantage de concessions à l’Azerbaïdjan dans le cadre de son accord historique avec Ankara. En effet dans une déclaration commune faite à Erevan les co-présidents ont insisté que les négociations du Haut-Karabakh sont un processus distinct, sans conditions préalables avec son propre « timing ».

Lors de sa tournée à la rencontre de la diaspora, Serge Sarkissian a dû faire face à des manifestations d’hostilité de membres de la diaspora qui sont contre la signature des protocoles. Il est indispensable de rappeler que la diaspora est une partie importante de la réalité arménienne. La Diaspora trouve que les relations doivent être rétablies seulement après la reconnaissance du Génocide de la part de la Turquie, et que tout chef de l’État arménien, qui est prêt à reléguer aux oubliettes le génocide arménien ou la mémoire des soldats morts pour la libération de l’Artsakh, devrait, au mieux, donner sa démission, comme se fut le cas de Levon Ter Petrossian en 1996 après ses prises de position défaitiste sur le futur du Haut-Karabakh.

Ces mouvements d’humeurs sont-ils une tentative de « diabolisation » de Sarkissian ? Certains analystes arméniens proches de Levon Ter-Petrossian y voient une « tentative » du tandem Kotcharian-Oskanian de préparer son retour sur la scène politique arménienne. En effet, ce tandem garde un capital sympathie important dans la diaspora à travers le parti Dachnak mais beaucoup moins en Arménie. Notons que Serge Sarkissian est, sur les questions de la normalisation des relations avec la Turquie, en grande partie sur la même ligne que le Congrès National Arménien (CNA) de Ter-Petrossian. 

Cet état de fait appelle quelques remarques. Il apparaît nécessaire de construire des relations avec la Turquie, l’Arménie ne pouvant continuer à vivre en quasi autarcie et prétendre à un développement économique et sociale rapide et durable. De plus ce rapprochement peut faire avancer la cause arménienne dans les cercles diplomatiques. En effet, la normalisation des relations entre l’Arménie et la Turquie est seulement une partie du processus de réconciliation arméno-turc et il ne doit exister aucun malentendu entre l’Arménie et la diaspora.

Il est indispensable de ne pas provoquer une tempête dans un verre d’eau et de ne pas se rabattre sur un patriotisme exacerbé. Il n’est pas question ici d’oublier le sort de près de deux millions d’arméniens exterminés ou chassés de leur foyer historique. Mais il bon de garder à l’esprit, que les arguments sur le « retour des territoires » ou sur le renouvellement des traités internationaux échus peuvent mener à une impasse toutes les démarches diplomatiques et décrédibiliser la diplomatie arménienne sur la scène internationale. L’échec du processus ne ferait qu’amplifier le manque de confiance et l’hostilité dans la région et empêcherait pendant longtemps tout homme politique arménien ou turc de prendre en main le dossier de la normalisation des relations arméno -turques.

Alen Ter-Markossian
Géographe
Collaborateur de Nouvelles d’Arménie Magazine


http://www.armenews.com/article.php3?id_article=55291
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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 10:32

Le 31 août 2009 dans la soirée l’Arménie et la Turquie ont redus public un double protocole en vue de présenter d’ici à six semaines à leurs parlements respectifs des documents sur l’établissement de relations diplomatiques bilatérales. Le document prévoit également l’ouverture de la frontière deux mois après la ratification des documents par les assemblées parlementaires d’Ankara et d’Erevan. L’engouement médiatique autour de cette publication à fait de cette journée un tournant historique dans les relations des deux pays

 

Dans la pratique des relations internationales (à savoir la convention de Vienne), il est rare que deux pays fassent ratifié par voie parlementaire les accords des relations diplomatiques. Nul doute que cette procédure donne la possibilité de traîner et de garder en otage les relations arméno-turques en attendant un règlement du conflit du Haut-Karabakh.

 

En effet, la publication de ces protocoles est de nature à créer une accélération des négociations autour des « principes de Madrid » concernant le Haut Karabakh, en accentuant la pression sur Erevan pour qu’elle accepte ces principes début octobre lors de la rencontre Sarkissian - Aliev à Chisinau (Moldavie).

 

Le deuxième objectif de cet accord est de forcer le président Sarkissian à se rendre en Turquie pour le match retour. En effet, dans ces dernières déclarations publiques le président arménien à plusieurs fois préciser qu’il se rendrait en Turquie seulement si la frontière était ouverte où si un processus serait mis en place pour une prochaine ouverture. Un simple calcule  abouti au fait que les 6 semaines finissent à la mi-octobre, et le match de football est programmé le 14 octobre. Il ne faut pas exclure que lors de cette visite, Sarkissian et Gül signeront l'un des protocoles sur le rétablissement des relations. Comme le déclare le ministre des affaires étrangères turc Ahmet Davutoglu : « Si tout va comme prévu, et si des mesures mutuelles sont prises les frontières pourraient être ouvertes autour de la nouvelle année…»

 

Les États-Unis sont le principal moteur de l'action dans le processus de promulgation de ces protocoles. L’administration américaine tente de sortir l’Arménie de l'orbite de l'influence de la Russie à travers la Turquie et, dans une certaine mesure, de celle de l'Iran. Ce n'est que le début d'un grand jeu géopolitique d'échecs dans le Caucase du Sud et le bassin de la Caspienne, avec la Turquie comme acteur principal.

Pour ça part la Russie à l’aide de ces réserves énergétiques essaie activement de réduire l'influence des États-Unis en Turquie et en Azerbaïdjan.

 

En effet, trois semaines après la conclusion d'un accord, à Ankara, sur le futur gazoduc « Nabucco », soutenu par l'Union européenne et par les Etats-Unis, Moscou riposte en se tournant à son tour vers la Turquie. Vladimir Poutine et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, ont scellé leur entente le 6 août 2009, notamment sur le projet de gazoduc « South Stream », concurrent direct du « Nabucco ». « South Stream » sera construit par le géant russe Gazprom et par la compagnie italienne ENI, et passera sous la mer Noire et ralliera la Bulgarie, via les eaux territoriales turques.

 

Concernant l’Azerbaïdjan, les 27 et 28 août derniers, des représentants de Gazprom ont visité l'Azerbaïdjan afin d'examiner les aspects techniques des livraisons de gaz azerbaïdjanais à la Russie. Aux termes d'un contrat signé entre GNKAR (Compagnie nationale azerbaïdjanaise de pétrole et de gaz) et Gazprom, ces livraisons doivent débuter en janvier 2010.

 

Le processus de promulgation de ces protocoles présage néanmoins des risques et des menaces intérieures à la fois en Turquie et en Arménie. Le risque majeur est que les deux assemblées rejettent l’approbation de l’accord.

 

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan doit faire face à l’opposition kémaliste et nationaliste obsédé par la négation du génocide arménien et le traité de Sèvres de 1920 officialisant une Grande Arménie.

 

Pour sa part le président arménien Serge Sarkissian doit faire face à l’opposition menée par Levon Ter-Petrossian (qui demande sa démission et celle de la FRA Dachnaktsoutioun qui demande la démission du ministre des affaires étrangères Edouard Nalbandian. Il est possible que l’opposition arménienne (CNA et FRA) face front commun sur ce dossier pour freiner le rapprochement.

 

Ankara essai de ménager Bakou en précisant que le gouvernement turc ne prendra aucune mesure qui « blesserait les intérêts de l'Azerbaïdjan ». Selon le porte-parole azéri des affaires étrangères, le double protocole est « …contradictoire avec les intérêts nationaux… ». Naturellement, Bakou lie l’ouverture de la frontière avec le règlement du conflit du Haut-Karabakh. Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan et d'autres diplomates turcs ont à plusieurs reprises énoncé que les relations arméno-turques ne seront pas normalisées tant que le conflit du Haut-Karabakh demeure non résolue en faveur des intérêts azéris. Cependant, le document ne fait aucune référence au Haut-Karabakh.

 

Bakou a une marge de manœuvre pour essayer d'ajuster l'action du gouvernement turc dans le cas d'une tournure négative des événements pour l’Azerbaïdjan. En utilisant ses positions fortes dans les domaines socio-politiques et chez les cadres militaires, Bakou parvient à obtenir des déclarations apaisantes qui lient l’ouverture de la frontière au Haut-Karabakh. Dans une certaine mesure le rapprochement entre Erevan et Ankara sans condition préalable met Bakou dans un « KO technique ».

 

Dans ces conditions Erevan doit être une force de proposition et prendre des initiatives diplomatiques pour pas qu’on lui force la main dans la signature d’un accord minimaliste sur le Haut Karabakh, en contrepartie de ce rapprochement sans condition préalable.

Une initiative possible consisterait à mettre en place un dispositif de dialogue  arméno-azéri qui comporterait des dispositions favorisant les parties à parvenir à un consensus et maintenir le statut quo tout en intégrant le Haut Karabakh comme acteur.

La première disposition pourrait être que les parties signent un accord de paix  (qui sera valable jusqu'à la fin du processus de négociation) pour éviter les parties à avoir recours à la propagande car il provoque l'inimitié dans les sociétés. La seconde serait la mise en place de la confiance et de la compréhension à travers  des programmes conjoints d’échanges dans les sociétés des deux Etats. La troisième disposition serait la mise en place de programmes de coopération économique. Via ces programmes, le Haut-Karabakh sera en mesure de participer aux programmes régionaux et d'avoir l'occasion de contact direct avec l'Azerbaïdjan.

 

Comme dans les relations arméno-turques ou arméno-azéris il est indispensable d’instaurer une confiance réciproque pour une paix durable, car « la réconciliation, c'est le partage équitable de la confiance ». (Jean Hatzfeld)

 

Alen Ter Markossian

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